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Être un homme manuel… pourquoi pas?

Je me pense pas mal cool quand j’écris une histoire comique ou que je partage un vidéo avec une remarque dont je suis pas mal fier. Même un bon statut Facebook avec une couple de likes et de commentaires me fait apparaître un sourire de sastifaction instantanément. Mais depuis 2 semaines, l’alarme de mon réveil-matin a été remplacé par des « Marcel, MARCEL, passe-moé l’marteau que j’vââârge pendant 30 minutes sans arrêt! » ou « Maurice, amène-moé la scie pour couper le bouââe! » ou encore la voisine (toujours en robe de chambre et bigoudis peu importe l’heure de la journée) qui crie « Calvase, y’est 7:00, pouvez-vous arrêter de faire du bruit, j’entends pu le beau Gildor Roy à tivi? ». Point positif, je suis crampé quand je me réveille; point négatif, je manque de sommeil et j’ai moins de concentration pour écrire. Donc je me suis dit que pendant toutes ces rénovations, je devrais devenir moi aussi un homme manuel.

Pourquoi pas ?

Pour moi, les travaux manuels ça rime avec « on monte un meuble IKEA ». N’écoutant que mon désir d’accomplissement, je me suis rendu avec ma copine à ce magasin qui fait rêver toutes les ladies. Je vous vois venir, non je ne suis pas allé en pickup en écoutant CKAC comme un vrai gars de construction, j’y suis plutôt allé en Yaris avec un disque de Cat Power en pleurant ma vie. On achète des meubles à monter, j’essaie de prendre les plus gros (ça fait plus impressionnant), de retour à l’appartement, je monte les boîtes en haut de l’escalier en regardant les gars de construction pour leur dire avec mes yeux « Heille les gars, j’suis dans votre gang, maintenant! ». Par surprise, j’ai lu dans leurs yeux « Bienvenu dans gang, l’gros! » J’imaginais même les tapes dans le dos et les accolades pour m’accueillir dans le monde des gars manuels. On ouvre la boîte, on sort les vingt-cinq morceaux et le sac de 150 vis/clous. Je crie à ma copine: « Manon, MANON! [NDLR : On a changé nos noms pour faire plus vrai; moi c’est Sârge] J’m’en va chercher notre kit de construction. » J’avais au préalable ouvert toutes les fenêtres pour que mes nouveaux collègues et la voisine (qui devait écouter les Feux de l’amour à TVA) ne manquent pas un instant de la scène. Je dépoussière le marteau et la perceuse électrique rétro (qui appartient à mon père, j’aime mieux investir dans une souris sans fil de Mac qu’aller chez Canadian Tire acheter tous les outils au monde pour mon garage, si seulement j’avais un garage, j’ai pas de garage… je réécris garage, c’est l’fun Garage, oui j’ai mis un G majuscule pasque ça risque d’être le nom de mon fils un jour, t’as un problème?). Je regarde le livre d’instructions pour dire à ma Manon « On a du pain sur la planche, ma tite femme, hein? » J’avais presque le goût de sortir mes Crayolas pour colorier les bonhommes dans le livre, mais j’ai gardé ça pour moi.

On commence donc à visser, à marteler, à mettre les petits bouts de bois pas solide dans les trous en essayant de pas les briser parce que y’a pas de petits bouts de bois de backup. À l’étape 8 (sur 28), j’étais déjà en sueur. N’écoutant que mon courage et ma ténacité, je termine au complet l’étape 8 avant de dire à Manon « T’as pas l’goût que je te prépare à souper pendant que tu termines le meuble? ». C’est à ce moment précis, en voyant Manon, le crayon sur son oreille, un clou serré entre les lèvres, les manches de son chandail remontées, tenant la perceuse d’une main et de l’autre le bidule qui sert à installer les trucs droits (un niveau Mastercraft Fatmax 24 po en aluminum, merci Google!) que j’ai réellement réalisé que:

1. Ma copine est plus manuelle que moi;
2. C’est pas moi qui tue les araignées chez nous;
3. Faire la cuisine c’est vraiment l’fun quand ça t’évite de monter un meuble Ikea.

Je me suis dit plus tard que j’aurais pu être déménageur et monter des réfrigérateurs en haut des marches à coups de chest, ou encore être garagiste et changer une roue comme on glisse ses amis dans des cercles sur Google+, mais j’avoue que finalement je préfère vraiment écrire et trouver la bonne formule qui vous fera cliquer sur le bouton like de cet article, même si je manque de sommeil.

« Heille Manon, MANOOOOOON, les pizza pochettes sont prêtes, lâche le meuble pis ramène toé, sti! »